Pierre Bachelet

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Titres des chansons

Elle est d'ailleurs
J'ai envie de toi
L'an 2001
Les corons


Elle est d'ailleurs

Elle a de ces lumières au fond des yeux
Qui rendent aveugle ou amoureux.
Elle a des gestes de parfum
Qui rendent bête ou rendent chien,
Et, si lointaine dans son coeur,
Pour moi, c'est sûr, elle est d'ailleurs.

Elle a de ces manières de ne rien dire
Qui parlent au bout des souvenirs,
Cette manière de traverser
Quand elle s'en va chez le boucher,
Quand elle arrive à ma hauteur.
Pour moi, c'est sûr, elle est d'ailleurs.

Et moi, je suis tombé en esclavage
De ce sourire, de ce visage
Et je lui dis : "Emmène moi !"
Et moi, je suis prêt à tous les sillages,
Vers d'autres lieux, d'autres rivages,
Mais elle passe et ne répond pas.
Les mots, pour elle, sont sans valeur.
Pour moi c'est sûr, elle est d'ailleurs.

Elle a de ces longues mains de dentellière
A damner l'âme d'un Werner,
Cette silhouette vénitienne
Quand elle se penche à ses persiennes.
Ce geste, je le sais par coeur.
Pour moi, c'est sûr, elle est d'ailleurs.

Et moi, je suis tombé en esclavage
De ce sourire, de ce visage
Et je lui dis : "Emmène moi !"
Et moi, je suis prêt à tous les sillages,
Vers d'autres lieux, d'autres rivages,
Mais elle passe et ne répond pas.
Les mots, pour elle, sont sans valeur.
Pour moi c'est sûr, elle est d'ailleurs.

Et moi, je suis tombé en esclavage
De ce sourire, de ce visage
Et je lui dis : "Emmène moi !"
Et moi, je suis prêt à tous les sillages,
Vers d'autres lieux, d'autres rivages,
Mais elle passe et ne répond pas.


J'ai envie de toi

J'ai envie de toi, de te serrer entre mes bras,
De t'embrasser, de t'embrasser cent mille fois,
Faire de ton corps un beau navire qui tanguerait,
Voiles dehors, sur l'ocean de mon désir
Puis, soulé de joie, tenir ta main et, le matin,
Me réveiller, c'est merveilleux que tu sois là.
Même s'il fallait donner pour ça tout ce que j'ai,
Je le ferais, tellement j'ai envie de toi.

J'ai envie de toi, de te serrer entre mes bras,
De te garder, de te garder rien qu'une fois,
Faire de tes yeux des horizons toujours plus bleus,
Des horizons qui ne seraient rien qu'à nous deux,
Vivre éperduement chaque moment de notre vie,
Croire à la joie comme l'on croit au paradis.
Dire que tout ça deviendrait vrai, oh mon amour,
Si tu avais rien qu'une fois envie de moi.


L'an 2001

Sur les photographies
De ce vieux caillou,
Trois milliards de fourmis
Qui courent après nous.
C'est sympa, c'est marrant,
Mais on sera combien
Quand on aura vingt ans,
En l'an 2001 ?

On posera nos valises,
Nos cantines en fer,
Sur un bout de banquise,
Un coin de désert
Et on s'lav'ra les dents
Avec des refrains,
Quand on aura vingt ans,
En l'an 2001.

Moi j'aurai les cheveux blancs.
Je serai vieux, demain,
Quand t'auras tes vingt ans
En l'an 2001.
Petit bonhomme,
Tu viens d'éclore comme
Un ange humain,
Tout petit bout d'homme
Qui tend la main
Pour faire ses premiers pas.
Petit bonhomme,
Traverser le salon,
C'est un peu comme
Atteindre l'horizon.
Petit bonhomme,,
Faut jamais baisser les bras.

Et on posera nos pelles
À l'heure des repas.
On chauffera nos gamelles
Sur des feux de bois.
On f'ra des cerfs-volants
Pour aller plus loin
Quand on aura vingt ans,
En l'an 2001.

J'aurai bien des tourments.
Tu n'en sauras rien,
Quand t'auras tes vingt ans,
En l'an 2001.
Petit bonhomme
Tu veux tout faire comme
T'en as envie,
Vivre au maximum,
Brûler ta vie
Sans savoir où tu vas.
Petit bonhomme,
Partir sans rien savoir,
C'est un peu comme
Marcher dans la nuit noire.
Petit bonhomme,
Et dire que j'ai fait comme toi.

On se fera des igloos.
On mangera des phoques
Et on plantera des clous
En plein dans le roc.
On n'aura plus de gants.
On aura nos poings,
Quand on aura vingt ans,
En l'an 2001.

Sur les photographies...
La la la la...


Les corons

Au Nord, c'était les corons.
La terre, c'était le charbon.
Le ciel, c'était l'horizon,
Les hommes, des mineurs de fond.

Nos fenêtres donnaient sur des f'nêtres semblables
Et la pluie mouillait mon cartable
Mais mon père en rentrant avait les yeux si bleus
Que je croyais voir le ciel bleu.
J'apprenais mes leçons la joue contre son bras.
Je crois qu'il était fier de moi.
Il était généreux comme ceux du pays
Et je lui dois ce que je suis.

Au Nord, c'était les corons.
La terre, c'était le charbon.
Le ciel, c'était l'horizon,
Les hommes, des mineurs de fond.

Et c'était mon enfance et elle était heureuse
Dans la buée des lessiveuses
Et j'avais les terrils à défaut de montagne.
D'en haut je voyais la campagne.
Mon père était gueule noire comme l'étaient ses parents.
Ma mère avait des cheveux blancs.
Ils étaient de la fosse comme on est d'un pays.
Grâce à eux je sais qui je suis.

Au Nord, c'était les corons.
La terre, c'était le charbon.
Le ciel, c'était l'horizon,
Les hommes, des mineurs de fond.

Y'avait à la mairie, le jour de la kermesse,
Une photo de Jean Jaurès
Et chaque verre de vin était un diamant rose
Posé sur fond de silicose.
Ils parlaient de trente six et des coups de grisou,
Des accidents du fond du trou.
Ils aimaient leur métier comme on aime un pays.
C'est avec eux que j'ai compris.

Au Nord, c'était les corons.
La terre, c'était le charbon.
Le ciel, c'était l'horizon,
Les hommes, des mineurs de fond.


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